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Le Vélo ?
Chronique du 11 novembre 2007
jeudi 3 avril 2014
Si on lui dit « vélo », il se met en marche et nous fabrique, des mots, des mots...
Aperçu des mots ?
Le nuage des grands thèmes
Le nuage des mots de l’émission
Le texte ?
Le vélo, c’est moderne !
Chronique du 11 novembre 2007
– Cette semaine, enfourchons notre Vélib pour célébrer le succès de la mode du vélo, qui se répand dans toutes les grandes métropoles. Pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? Certains disent que c’est dangereux. Un mort, jusqu’ici, à Paris. Mais près de cent mille locations quotidiennes. Et tous reconnaissent que c’est bon pour la planète. La petite reine, jusque-là réservée aux sportifs, fait son entrée dans notre paysage urbain et quotidien, avec pour seul dopage, la conviction. Michel, oserez-vous faire
l’éloge dit vélo ?
– Absolument, et en racontant deux histoires. Une très longue—
– ... pas trop !
– Et une effroyablement courte.
– Pas trop !
– Je commence donc. Il y a 3,8 milliards d’années, un miracle arriva sur la planète bleue : une molécule se mit à se dupliquer. C’est l’apparition de la vie. A partir de là, les monocellulaires ont commencé à pulluler, ils se sont mis ensemble pour faire des pluricellulaires. Des sortes de tas mous se sont développés dans des flaques plutôt rougeâtres sur la planète bleue. Deuxième miracle, à l’explosion du cambrien, des centaines de millions d’années après : tout d’un coup sont apparues, dans ces tas mous, des parties dures. A partir de là se sont peu à peu développés, sur des
centaines de millions d’années encore, des bouquets d’espèces différentes : les mollusques, les gigantostracés, les crustacés, les insectes, les reptiles, etc., tous entourés d’une carapace dure, et même les serpents et les sauriens, habillés d’écaillés.
– Les ancêtres de nos ancêtres.
– Mais ces ancêtres étaient particuliers : ils avaient le dur dehors êt le doux dedans. Un autre miracle survint encore dans l’évolution de la vie : le doux (ou le mou) est sorti de cet exosquelette, et le dur y est rentré. Ce qui fait que nous, les mammifères et les espèces voisines, avons le mou ou le doux dehors, et le dur dedans, comme un squelette. C’est la révolution principale de cette première histoire, extraordinairement longue.
– Même si mon cerveau, plutôt mou, est dedans.
– Mou, vraiment ? Je vais maintenant raconter une histoire extrêmement courte, celle des techniques humaines. Homo sapiens a donc le dur dedans et le doux dehors. Homo faber, « le fabricateur », taille la pierre, la polit Se succèdent Père du bronze, l’ère de l’acier, l’ère du fer. Homo faber taille comme un forgeron et fond des outils durs. Quels objets techniques voyons-nous, tout d’un coup, autour de nous ? Des charrettes, des pataches, des diligences. Puis des automobiles, des camions, des grues...
– ... des bateaux..
.
– ... des sous-marins, des bateaux en fer, des avions, des fusées, etc. Des objets techniques qui ont, je le répète, le dur ; dehors et le « confortable » dedans. Comme pour les chemins de fer : des fauteuils à l’intérieur du wagon-carapace.
– C’est donc une autre manière de faire évoluer la civilisation !
– J’invite maintenant les auditeurs, quand ils contempleront des files de voitures dans la rue, des embouteillages géants sur les autoroutes, à y voir des gigantostracés, des crustacés, d’abominables insectes, qui ont toujours le dur dehors et le doux dedans. Or, il s’est passé un autre miracle extraordinaire, dont je vais raconter l’émergence. On raconte - on le dit même avec certitude - que le vélo est arrivé quelques années après ces magnifiques inventions que sont l’automobile, l’avion, etc. C’est vrai, d’une certaine manière. On peut l’expliquer. Mais je voudrais déjà dire comment je vois le vélo. Lorsque je le regarde, c’est un squelette à plat Et lorsque je l’enfourche, j’ai le corps
au-dessus du cadre, les mains au-dessus du guidon. Avec les mains, j’enserre les poignées du guidon et des freins tandis qu’avec les jambes, j’entoure le cadre. Le mou est dehors et le dur dedans. Par conséquent, lorsqu’on dit que le vélo apparut deux, trois, vingt ans après ces mirifiques inventions, ce n’est pas vrai du tout. À comparer les deux histoires, le vélo est apparu des centaines de millions d’années après les homards, les langoustes que sont finalement les automobiles ou les camions.
– Il est donc incroyablement moderne ?
– C’est plus qu’une petite reine. C’est quasiment le corps même d’Homo sapiens ! C’est une invention incroyablement extraordinaire et je souhaite vivement que demain, les inventeurs d’objets techniques cessent d’être ces répétiteurs abominables qui ne font que des homards ou des insectes, avec des cuirasses de chitine comme celles des guerriers de l’Antiquité ou du Moyen Age ! Occasionnant les mêmes accidents qu’à la bataille d’Azincourt - car qu’est-ce qu’un accident automobile sinon un choc entre deux homards, entre deux cuirasses de chitine ?
– C’est le choc entre le doux et le dur.
– La plupart des accidents viennent d’ailleurs du fait qu’on heurte sa propre cuirasse L’avenir de la technique, à mon sens, repose sur ceux qui inventeront de façon géniale, comme le vélo, le mou dehors et le dur dedans.
– Le vélo serait donc dans la filiation directe du développement de la trie sur notre Terre...
– Il imite Homo sapiens. Par le vélo, Homo faber a enfin rattrapé Homo sapiens.
Nous irons donc voir au fond de la grotte de Lascaux s’il y a quelques traces de vélo...



